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Tuesday 07 September 2010

Sophie Gamelin-Lavois est une référence dans le domaine de la naissance et de l’accouchement respecté. Elle est auteure de « Préparer son accouchement-Faire un projet de naissance » ainsi que de « Accompagner la future maman » et « Accoucher en sécurité ».
Son site Projetdenaissance.com rassemble des renseignements utiles pour un accompagnement et un accouchement à visage humain. Quant à la « lettre-périnatalité », journal Internet créé en 2001, elle compte aujourd’hui plus de 1000 adhérents, parents et professionnels confondus.
D’abord animatrice plusieurs années au sein d’une association internationale de soutien à l’allaitement maternel, elle a ensuite consacré tout son temps au sujet naissance. Très active et engagée dans le milieu associatif, elle a participé à diverses associations de parents concernés par la naissance avant de fonder, en 2003, l’Alliance Francophone pour l’Accouchement Respecté (AFAR). En tant que consultante périnatale elle informe et soutient les parents dans une démarche de projet de naissance. Enfin, elle est l’heureuse mère d’une famille nombreuse.
Brindilles : Comment présenteriez-vous le projet de naissance aux mamans qui n’en ont jamais entendu parler ?
Je le présenterais principalement comme une réflexion personnelle. Que cette réflexion devienne au final écrite ou pas, le but premier est pour les futurs parents de se projeter dans le moment de l’accouchement et de l’accueil du bébé. C’est l’occasion pour eux de collecter des informations, de réfléchir à ce qu’ils souhaitent, d’exprimer leurs désirs, de clarifier le contrat de soins avec le personnel médical et de le négocier (jusqu’à la dernière minute). Le projet de naissance est un outil qui leur permet d’être acteurs de ces moments. L’important étant d’avoir des informations pour faire des choix en conscience. Par exemple, pour la déclaration et le suivi de grossesse, certaines mamans préfèreront être suivies par un gynécologue tandis que d’autres préfèreront un accompagnement global avec une sage-femme. Cette réflexion peut être amenée à évoluer durant la grossesse, pendant et même après l’accouchement, et cela en fonction des informations réunies, des attentes de la future maman et des choix pratiques de sa région, de sa santé et celle de son enfant.
Brindilles : Pouvez-vous nous expliquer l’intérêt d’une telle démarche ? J’ai moi-même été confronté à l’incrédulité de certaines mamans et de professionnels bien sûr, lorsque je leur ai parlé de mon plan de naissance.
Le projet de naissance est avant tout le vecteur d’un échange qui va permettre de clarifier le contrat de soin entre le professionnel et les parents. L’intérêt est que les parents comprennent où se situe un professionnel dans sa pratique et comment il peut les accompagner (plus largement l’équipe hospitalière) ; d’autre part, l’intérêt d’un échange est de permettre au professionnel de comprendre ce que souhaitent les parents qu’il accompagne. Ensemble ils trouveront un compromis satisfaisant (ou pas) entre les attentes des uns et des autres, les contraintes organisationnelles et la réalité de l’événement naissance.
Le projet est utile aussi bien dans le cadre d’un accouchement en milieu médical qu’à domicile. Ecrit sous forme concise, il permet à la sage-femme de garde d’en prendre rapidement connaissance. Dans le cas d’une naissance à domicile avec une sage-femme libérale, le projet en reste plus souvent à une forme verbale. Je tiens aussi à faire une différence entre le « plan » de naissance tel qu’il est devenu en Angleterre, et le « projet » de naissance. Selon moi il ne s’agit pas de cocher en dix minutes sur une liste de desiderata comme on le ferait au supermarché, mais d’approfondir les choses dans le temps, comprendre les enjeux et envisager les possibles afin de mieux appréhender l’accouchement. L’intérêt principal étant que la maman ne soit pas déçue après coup parce qu’elle n’a pas bénéficié des informations nécessaires en amont. Ceci permet de diminuer considérablement le sentiment de culpabilité pouvant survenir lorsque l’on se sent dépossédé de ces moments si importants que sont la grossesse, l’accouchement et l’accueil du nouveau-né.
En France, il y a une grande inégalité au niveau des pratiques médicales. Par exemple certaines maternités peuvent avoir un taux très différent de césariennes ou d’épisiotomies. De la même manière, l’accueil d’un projet de naissance n’est pas le même selon les lieux ou le personnel médical. Il y a des maternités où c’est l’équipe médicale qui demande elle-même aux parents de réaliser un projet ou bien qui leur transmet une fiche d’information durant le suivi de grossesse afin d’informer des pratiques en vigueur dans leurs services. Par exemple, l’encouragement à pratiquer des positions inhabituelles comme le quatre pattes, pour aider à la descente du bébé peut dérouter plus d’une maman si elle ne s’est pas documentée sur les différentes positions possibles et conseillées !
Brindilles : Quelles sont les avancées aujourd’hui en France dans le domaine de l’accouchement respecté ?
La Haute Autorité de Santé a lancé en 2005 un large audit sur les EPP en maternités (Evaluation des Pratiques Professionnelles : « démarche organisée d’amélioration des pratiques, consistant à comparer régulièrement les pratiques effectuées et les résultats obtenus, avec les recommandations professionnelles »). Certaines structures affichent publiquement leurs chiffres, ce qui démontre de leur part une volonté de transparence, comme le CHU de Besançon qui avait déjà un taux d’épisiotomies en dessous de 30% en 2003 et qui est descendu à 3,4% en 2007. Le taux de cet acte médical dans cet établissement est donc largement plus bas que celui recommandé par les bonnes pratiques (30% par le CNGOF en 2005) sans que cela n’augmente les déchirures périnéales graves ! Le
travail associatif porte ses fruits puisque le Ciane (Collectif inter-associatif autour de la naissance) et l’Afar (Alliance francophone pour l’accouchement respecté), qui se sont notamment investis dans le groupe de travail sur la RPC épisiotomie, continuent de participer activement aux travaux de la HAS.
RPC épisiotomie : http://ciane.net/RPCepisiotomie
La Label Hôpitaux Amis des bébés, tourné vers le soutien et le respect autour de l’allaitement maternel, connaît enfin un essor en France. Il a été créé en 1991 à l’initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé. La France compte désormais 10 hôpitaux labellisés en France. C’est une belle évolution ! Plus d’informations sur le site de la Coordination Française pour l’Allaitement Maternel (CoFAM) : « Soulignons que, actuellement, 26 maternités ont déclaré se lancer dans le cheminement vers le Label (déclaration officielle, signée par le chef de service et par le directeur de l’établissement). Par ailleurs, une centaine de maternités ont déjà contacté la CoFAM pour se renseigner sur les modalités d’obtention du Label. Cela signifie donc que environ 20% des maternités s’intéressent à l’IHAB. » (Communiqué de presse sur l’IHAB et les nouvelles maternités labellisées, décembre 2009). Site : http://coordination-allaitement.org/
Il n’y a jamais eu autant de publications autour de la naissance et du maternage que depuis les années 2000, réel tournant historique ! Par ailleurs, Internet fournit au public de nombreuses ressources : sites, forums, réseaux. L’élan associatif a trouvé un nouveau souffle avec la création de l’Afar (base de données scientifiques en ligne, semaine mondiale de l’accouchement respecté…) et du Ciane, qui fédère presque (sinon toutes) les associations centrées sur (ou ayant un rapport avec) la naissance. L’accès à l’information est démultiplié : les années 2010 sont donc selon moi porteuses d’espoir quant à d’autres avancées réelles et significatives en matière de naissance respectée.
Brindilles : Quels sont les combats d’aujourd’hui et de demain ?
Sans hésitation, le choix du lieu de naissance. L’AAD (Accouchement à domicile) reste encore trop mal vu en France. Sans parler des sages-femmes qui ne peuvent s’assurer pour le pratiquer car les primes d’assurance sont exorbitantes.
Les maisons de naissance que le gouvernement avait promis en 1998 n’ont toujours pas vu le jour. (Ça fait 22 ans aujourd’hui ça donne le vertige !) Le projet avance, puis recule. Le « plan périnatalité », signé par l’ancien ministre de la santé P. Douste-Blazy en 2004, prévoyait la création de maisons de naissance accolées à des plateaux techniques hospitaliers et l’élaboration de textes permettant leur expérimentation. Cette mesure est toujours attendue…
Enfin l’accueil en milieu hospitalier doit être amélioré pour toutes les mamans qui souhaitent accoucher en structure médicalisée. Elles doivent pouvoir être entendues et respectées dans leurs choix par le personnel médical (même si les contraintes organisationnelles des services ne permettent pas toujours un « service à la carte » optimal). Encore une fois, l’échange d’informations est primordial afin d’éviter frustration et culpabilité : il est important que les futures mamans réfléchissent à l’accompagnement qu’elles souhaitent. « Une femme, une sage-femme » (pour cela il faut davantage de sages-femmes) est d’ailleurs l’un des points de la plateforme de propositions du Ciane.
Brindilles : Quel est votre avis concernant la polémique actuelle suite au livre de d’E. Badinter (1)?
Il est dommage qu’en France, le combat féministe ait été amputé de la partie « maternité », alors qu’il ne devrait pas en être dissocié.
Il y a une quinzaine d’années, on cherchait les informations sans les trouver. Aujourd’hui que nous les avons, on parle de culpabilité ! C’est tout le contraire, l’information permet la déculpabilisation en donnant enfin le choix. Je ne sais pas sur quels témoignages se base madame Badinter mais il est certain que beaucoup de femmes travaillent tout en allaitant et ceci nous le devons grâce à l’aide et aux informations des associations de soutien à l’allaitement. Ce n’est pas parce qu’on voit de plus en plus de mamans allaiter leurs enfants ou qu’une manifestation comme « la Grande Tétée » existe une fois par an en France qu’il y a culpabilisation des mamans qui ne désirent pas allaiter leur bébé ! S’il y a culpabilité à ce moment-là, on peut se poser la question de savoir si chaque maman est vraiment à l’aise avec le choix qu’elle a fait, que ce soit de donner le biberon ou d’allaiter. Je pense que lorsqu’on est en accord avec ses idéaux ou ses convictions, il n’y a pas de culpabilité.
Mille mercis à Sophie Gamelin-Lavois pour le temps qu’elle a bien voulu nous consacrer.
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