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lundi 13 septembre 2010

Claude Didierjean-Jouveau est une figure emblématique française dans le domaine de l’allaitement et du maternage. Maman de trois garçons, elle a publié de nombreux livres sur ces sujets dont le dernier « Petit Guide de l’allaitement pour la mère qui travaille » vient de paraitre.
Passionnée, elle s’interroge sans relâche sur la naissance et ses conditions depuis près de 30 ans.
Elle a été et est active dans de nombreuses associations de parents : La Leche League (dont elle a été présidente durant plusieurs années), Naissance et libertés, Naître à la maison, Naissance et citoyenneté, CIANE, ….
Elle est l’auteure, entre autres, de « L’Allaitement maternel » et de « Allaiter, c’est bon pour la santé », deux ouvrages de référence sur l’allaitement maternel, ainsi que de nombreux autres guides, et a participé activement à la rédaction de la brochure de l’INPES : Le guide de l’allaitement maternel.
Brindilles : Comment vous est venue cette passion du maternage et de l’allaitement ?
Claude Didierjean-Jouveau : Cela a commencé dès avant ma première grossesse puisque j’ai vu le film de Leboyer " Pour une naissance sans violence " en 1974, deux ans avant la naissance de mon premier enfant, et que j’en ai été alors très marquée. Trente-cinq ans après, le sujet me passionne toujours autant, car je trouve que tout ce qui tourne autour de la naissance et la petite enfance concerne au plus haut point la santé d’une société. Et qu’il n’y a rien de plus beau et d’utile que d’aider les hommes et les femmes à devenir les parents dont les bébés ont besoin : des parents aimants et bien-traitants, qui connaissent leurs besoins de base et savent comment y répondre. C’est la raison de mon engagement dans plusieurs associations de parents, en premier lieu La Leche League. Et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai écrit tous mes petits livres.
Brindilles : Le programme National Nutrition Santé 2006-2010 envisage de promouvoir l’allaitement maternel. Les deux objectifs principaux sont de passer à 70% de mamans allaitantes en 2010, et d’augmenter la durée de l’allaitement. Ces deux objectifs vous paraissent-ils réalisables en France et comment ?
Claude Didierjean-Jouveau : En ce qui concerne le taux d’allaitement à la naissance, je pense qu’il est fort possible qu’il soit atteint. En effet, entre 1996 et 2004, il a augmenté chaque année de 2 %. Sachant qu’il était de 64 % cette année-là , s’il a continué sur sa lancée (on attend toujours les chiffres plus récents…), 70 % cette année, oui, c’est possible.
Il sera beaucoup plus difficile de savoir si la durée de l’allaitement a augmenté, et si oui, de combien, car on manque d’indicateurs fiables. Il n’empêche que tous les acteurs de terrain (à commencer par les associations de soutien à l’allaitement) s’accordent à dire que les femmes allaitent effectivement plus longtemps, qu’elles sont de plus en plus nombreuses à poursuivre l’allaitement après la reprise du travail, qu’on voit plus souvent des allaitements qui dépassent les douze mois, par exemple.
Brindilles : En Europe, nombreux sont les pays affichant un taux d'allaitement maternel à la naissance supérieur à 85% : la Norvège, la Suède, l'Italie, la Suisse, la Turquie, le Danemark, l'Allemagne...Pourquoi notre pays reste-t-il à la traine avec ses 64 % ?
Claude Didierjean-Jouveau : Ah ça, c’est la question qu’on nous pose toujours, et il n’y a pas de réponse simple. Les facteurs sont sans doute multiples : historiques (importance du phénomène de mise en nourrice), idéologiques (contrairement au féminisme des pays du Nord, le féminisme français assimile encore trop souvent la maternité et donc l’allaitement à un esclavage ; et les psys ne cessent de clamer les vertus de l’autonomisation et les risques de la « fusion »), éducatives (manque de formation des professionnels de santé : une heure et demie sur le sujet pendant les sept années d’études médicales générales), commerciales (les fabricants de lait artificiel ont tout intérêt à faire croire que leurs produits sont « aussi bien » que le lait maternel).
En outre, on peut dire qu’au 20e siècle et cela dans tous les pays industrialisés, l’allaitement a énormément souffert d’une puériculture obsédée par les poids, les mesures et l’horloge : tétées retardées (pas de sein les premières vingt-quatre heures), tétées minutées (10 minutes à chaque sein), tétées réglementées (toutes les trois ou quatre heures), etc., toutes règles qui vont à l’encontre d’un allaitement réussi et responsables d’innombrables échecs.
Brindilles : Quels sont vos conseils pour les futures mamans qui se posent mille questions et envisagent l’allaitement avec crainte ?
Claude Didierjean-Jouveau : Mon conseil principal serait de bien s’informer avant la naissance (livres, sites Internet, réunions de mères, forums de discussion…), et de savoir s’entourer. Bien informée, une femme saura mieux déceler les bons et surtout les mauvais conseils. Bien entourée, elle saura à qui s’adresser en cas de problème, trouver la ou les personnes qui l’aideront à le résoudre, alors que trop souvent, la seule réponse est… d’arrêter l’allaitement.
Et le meilleur endroit où trouver cette information et ce soutien, ce sont encore les associations de mères comme La Leche League.
Brindilles : Avez-vous l’impression que les choses bougent du côté du maternage en France ?
Claude Diderjean-Jouveau : C’est sûr ! Depuis le changement de millénaire, les choses ont vraiment commencé à avancer dans ce que j’estime être la bonne direction, à savoir une reconnaissance de ce que sont les vrais besoins d’un bébé. Les taux et la durée d’allaitement augmentent d’année en année. On voit de plus en plus de bébés portés, et « bien » portés. De plus en plus de nouveaux parents s’autorisent à garder leurs bébés près d’eux la nuit. Etc. Toutes ces pratiques, longtemps ultra-minoritaires, apparaissent maintenant au grand jour et intéressent un nombre grandissant de parents. Même Le Monde en parle ! (voir l’article paru dans le numéro du 17 janvier).
Brindilles : On a beaucoup lu ces derniers temps dans certains magazines, que le maternage, l’allaitement (et l’allaitement prolongé en particulier), renvoyaient les femmes à la maison et même que les victoires du féminisme, si durement acquises par la précédente génération, étaient foulées au pied par les mamans qui pratiquaient le maternage. Que répondez-vous à ce ressenti de certaines personnes ?
Claude Didierjean-Jouveau : J’aime donner l’exemple des pays scandinaves où l’on trouve à la fois des taux d’allaitement à la naissance frôlant les 100 %, une présence importante des femmes dans le monde du travail (avec il est vrai des congés maternité qui nous font rêver…), chez les cadres dirigeants d’entreprise et dans la politique (il y a pratiquement 50 % de femmes dans les assemblées parlementaires, une vraie parité !).
À côté, la France, avec ses 18 % de femmes à l’Assemblée nationale fait un peu pitié, non ?
Je pense vraiment qu’une femme qui se réalise pleinement dans sa maternité est une femme puissante, confiante en elle et en ses capacités, qui sait s’affirmer pour défendre ses convictions, tout le contraire d’une femme soumise et inféodée à l’homme ! C’est en tout cas comme cela que je l’ai vécu et que je le vois vivre par beaucoup de femmes autour de moi.
Brindilles : Avez-vous des projets de livres pour les temps à venir ?
Claude Didierjean-Jouveau : Je suis en train de terminer un livre sur les grands-parents, qui paraîtra aux éditions de L’Instant présent au printemps : ce que je vis depuis que je suis devenue grand-mère il y a bientôt trois ans, ce que j’entends autour de moi sur les rapports parfois difficiles entre nouveaux parents et nouveaux grands-parents, m’a vraiment donné envie de creuser le sujet.
Merci infiniment à elle pour le temps qu'elle nous a consacré, ce fut un vrai plaisir pour nous !
lundi 18 octobre 2010 Ã 18:59
Je termine cette lecture à l'instant et j'ai vraiment envie de remercier toutes ces personnes qui en s'engageant pour l'allaitement ont permis à des femmes modernes libres et indépendantes de se reconnaitre dans le maternage et l'allaitement malgré un entourage qui a du mal, à comprendre qu'on puisse allier les deux.
"mais vous l'allaitez encore?! "( euh oui il a quatre mois ou 6 ou 8 ...)
"c'est étrange et avec votre travail? Et puis comment vous faites? Vous ne pouvez plus sortir? Et puis pour l'intimité du couple, c'est un tue l'amour"
Et j'en passe!
Oui on peut être chef d'entreprise, mère de quatre enfants, s'autoriser à aller à un concert de temps en temps et ne pas refroidir son mari pour autant.
Mon dernier a 8 mois et je commence à sentir la pression du jugement dans les yeux de mes interlocuteurs comme si je faisais injure au féministes,à la modernité et surtout à la bonne éducation( non mais là il faut couper le cordon!).
Ce que je veux dire en premier lieu c'est que dans féministe, il y a femme et qu'une femme a comme compétence absolue de faire et nourrir des enfants. Pour autant, rien ne l'oblige à s'enfermer. J'ai allaiter mes enfants directement ou indirectement ( bib de lait tiré) complètement jusqu'à la diversification et ai continuer les tétées du matin et du soir encore un bon moment. Et quel plaisir après une journée loin d'eux de les sentir se blottir contre mon sein et téter mon lait comme mon amour. C'était une belle façon de se dire qu'on s'était manqué et qu'on était heureux de se retrouver.
Quant aux nuits, moi je trouvais ça délicieux de les sentir respirer contre moi et tellement moins inquiétant.
Il est déjà assez brutal d'accoucher (dans le sens se séparer), j'ai le sentiment que l'allaitement et le maternage sont une étape intermédiaire nécessaire à l'enfant mais aussi à la mère.
Pour autant j'éveille mes enfants et les encourage à l'indépendance; mais je crois que lorsqu'on est bien dans sa relation à l'enfant on le regarde s'éloigner avec confiance.
En conclusion, je dirais que la vraie modernité n'est pas dans le fait de plagier le mode de vie masculin mais de trouver un mode de vie féminin qui intègre cette particularité qu'est la maternité que je ne cèderai à aucun prix.
PS: si dans les pays du nord, on trouve la plus grande proportion de femme allaitante et la plus grande proportion de femmes en politique on trouve aussi la plus grande proportion de femme sans enfant...
Je crois aussi qu'on ne peut pas tout mener de front, allaitement ou non ,et que certaines carrières se passent d'enfant.
Pour toutes les autres c'est quand même une sacrée réussite affichée que d'avoir été une mère présente tout en menant une carrière plus que satisfaisante Non?
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